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Montcheuil

La vie de Yves de Montcheuil

D'après la bibliographie de Étienne FOUILLOUX :
"Yves de Montcheuil Philosophe et Théologien Jésuite"
Média Sèvres 1995, et d'après le livre de Henri de LUBAC
"Trois jésuites nous parlent" - Editions Lethielleux.

Bernard SESBOÜE s.j., théologien et enseignant au Centre Sèvres vient de consacrer un travail important sur la vie et l'œuvre de Yves de Montcheuil. Ses recherches ont abouti à la publication du livre "Yves de Montcheuil (1900-1944) Précurseur en théologie", paru aux Editions du CERF en septembre 2006.

Yves de MontcheuilYves de Montcheuil est né en 1900 à Paimpol. Pour son éducation, son père le confiera à des religieux plutôt qu'à des maîtres laïcs. Il terminera même ses études hors de France, pour suivre le collège des jésuites alors en exil à Jersey.
En 1916, alors qu'il se destinait à rentrer dans la marine, il change d'avis après la disparition de son frère à Verdun, et il rentre au noviciat en 1917. Né un peu trop tard pour participer à une guerre qui vient d'engloutir son frère, il aurait eu en quelque sorte une vocation de substitution : faute de pouvoir remplacer le disparu les armes à la main, il aurait décidé de le remplacer avec les armes de l'esprit.

Après son service militaire, en 1922, il commence ses études de philosophie. Il suit sa longue initiation dans la Compagnie de Jésus sans se rebeller, mais non sans souffrir avant de la critiquer. Il complète sa formation par un énorme travail personnel, notamment par l'étude des écrits du philosophe Maurice Blondel, mais aussi de Kant, Bergson (philosophes pas toujours en vue dans les sphères cléricales)... Il acquiert ainsi une culture d'une variété et d'une ouverture qui surprendront ses auditoires.

Après 1930, sans délaisser la philosophie qui le passionne, il entame un parcours de théologien. Il réussit brillamment ses études bien qu'il soit critique sur l'enseignement reçu. En 1936 il soutient sa thèse en Théologie "Malebranche et le quiétisme" (édition Aubier 1947) ; thèse où il refuse toute séparation nuisible entre la théologie et la mystique d'un côté, la philosophie de l'autre. La même année, il devient professeur à l'Institut Catholique de Paris. Il y dispense un enseignement solide, clair et sans artifice. Cependant, il ne limite pas son ministère à l'enseignement théorique, il se met au service de communautés croyantes variées. Il devient aumônier ou plutôt "médecin-consultant" auprès d'étudiants, d'enseignants, de groupes de foyers... mais aussi auprès de la JOC, de l'action catholique féminine...

Pendant la guerre, il entre en résistance spirituelle. A partir de 1942, il participe activement à l'élaboration des cahiers du Témoignage chrétien et son rôle est capital dans sa diffusion dans la zone nord. Il dénonce l'antisémitisme comme étant incompatible avec le christianisme. Il appelle les chrétiens à réveiller leurs consciences, à témoigner.

C'est donc assez logiquement, pendant l'été 1943 et à Pâques 1944, au cours de séjours de camps de jeunes, qu'il est appelé auprès de résistants du Vercors. En effet, de jeunes chrétiens combattants s'y trouvent, dépourvus de sacrements et aux prises avec des problèmes de conscience qu'ils ne peuvent résoudre seuls. En juillet 44 il gagne le plateau du Vercors pour ce qui devait être une brève enquête de terrain. Mais il arrive fortuitement sur le Vercors quelques jours avant l'attaque allemande. Au lieu d'essayer de s'enfuir avec les hommes valides, il décide de rester avec les grands blessés. Pris dans la grotte de la Luire avec les médecins, les infirmières et les blessés, il est emprisonné à Grenoble et fusillé avec plusieurs de ses codétenus dans la nuit du 10 au 11 août 1944.

Après la guerre, convaincu de la pertinence de l'œuvre théologique du Père de Montcheuil, le futur Cardinal de Lubac (l'ami de toujours pour qui sa disparition fut un drame) va s'efforcer de la faire vivre en publiant les écrits. Il s'agit de rassembler diverses pièces (thèses, instructions, cours...) qui n'étaient pas forcément prévues pour être publiées ensemble. Mais le fil conducteur est présent et, en librairie, les livres rencontrent un net succès.

Les best-sellers ne sont pas forcement les ouvrages techniques mais plutôt les cours pour un public non spécialisé comme ceux qu'il aurait aimé recevoir pendant sa formation. "Leçons sur le Christ", "Aspects de l'Église" et "Problèmes de vie spirituelle" sont plusieurs fois réédités. Dans un style solide et carré, Yves de Montcheuil fournit à ses lecteurs une présentation du mystère chrétien parfaitement adaptée à ce qu'ils vivent : ses écrits font du Christ un compagnon de route sans amoindrir d'autant sa stature divine.

Aujourd'hui si son message est quelque peu oublié, ne serait-ce pas parce qu'il a trop bien réussi ? Sa théologie est devenue ou redevenue, avec le concile Vatican II, la théologie dominante de l'Église catholique. Sa mort à 44 ans a brutalement interrompu un itinéraire qui promettait bien d'autres développements.

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